Namekawa breathes this music… -> Frankfurter Allgemeine Zeitung Review

Maki Namekawa and Philip Glass after the premiere of the Piano Sonata © Klavier-Festival Ruhr / Sven Lorenz

On July 4th, 2019 Maki Namekawa premiered the Piano Sonata by Philip Glass at Pianofestival Ruhr in the German town of Essen. The “Salzlager” in the “Zeche Zollverein” was sold out in anticipation of the first piano sonata by the great American composer. After the performance Maki Namekawa and Philip Glass received standing ovations by the exited audience.

 

CREATIVE MADNESS

Excerpts of a superb review of Maki Namekawa’s recital at the Piano Festival, Ruhr, Germany

In the Frankfurter Allgemeinen Zeitung, July 6, 2019

The fact that Kissin’s sonata recital is followed the next day by a concert which dissects the sonata form, is successful dramatic scheduling.   This gives the Festival a unity in its programming, even though it is strewn across the entire Ruhr district.  Even the hall, where the Japanese pianist, Maki Namekawa performed, is a brilliant choice.   The Zollverein Coal Mine Industrial Complex, a large former industrial site in Essen, seems, in comparison to the concert hall, like a lab, an experimental space.   What could possibly follow an evening of Beethoven?   

Mozart!  But not Wolfgang Amadeus Mozart.  Namekawa, wearing a yellow gown, opens her program with Sonatina No.3, composed by the Brasilian, Mozart Camargo Guarnieri.   Just to add to the confusion, Mozart Guarnieri’s Sonatina sounds like a work by Scarlatti, but with minimalistic Samba accents.  Namekawa does not seem to be linked to the music.  Instead, she observes it externally and from quite a distance.  The music seems well thought out and controlled.  This vision helps the momentous opus of the evening, Alban Berg’s Piano Sonata, composed in 1909.   The one movement piece contains a multitude of music history, and combines fragments of the music of Wagner, Beethoven, and Schönberg in concentrated form.   Namekawa’s performance swells in the oblique romantic gestures.  She recognizes the brutalities of individual moments, and presents the sonata as a lively cluster weighed down, in the end, by fate.  …..

The most memorable musical experience of the festival, however, happened at the Coal Mine.   Namekawa, now dressed in a fabulous black gown, has prepared us audibly for this moment: repetitions in the Guarnieri, dark bass fluctuations in the Berg, a shivering tremolo in the Mendelssohn.  Every one of these instances clearly points to Philip Glass’ first Piano Sonata, a minimalistic work, becoming the logical culmination of this sonata evening!

The Sonata’s construction is colorful, wild, with exciting leaps.  The first theme, which Glass had already used in his third Piano Sonata, composed in 2017, almost sounds the same as the halting middle-segment of a Rachmaninov Prelude.  The theme returns suddenly and is elaborated in the second movement.   This movement, filled with contrasting, counterrhythmic rhythms is Philip Glass’ pianistic showpiece, also displays many of the familiar elements found in the composer’s etudes and solo works.   Commissioned by this Festival, this wild kaleidoscopic version, premiered here in Essen, at the Philharmonie de Paris and the Ars Eletronica in Linz.  

It is Glass’ most demanding pianistic creation.  The virtuosic octave leaps, are, due to their incredibly fast passage work, at the edge of technical ability.  This music is the life and breath for Namekawa. It is a prime example of how a matchless unity ensues, when the composer and the interpreter work closely together, a situation hardly achievable when a pianist interprets time honored repertoire.  …..

….  Namekawa’s repeated simple accented four notes, however, became an unexpected small miracle, as did the triple accents in Kissin’s Beethoven.  Sometimes this is all it takes to create great artistry in exceptional piano recitals.

MALTE HEMMERICH

Folie créative

Beethoven et Philip Glass au Klavierfestival Ruhr (Festival de Piano de la Ruh)

Un petit secouage des bras, un pincement du pantalon, puis ça commence. Jewgeni Kissin joue une sélection des sonates de Ludwig van Beethoven au Klavierfestival Ruhr dans la Philharmonie d’Essen. Ce pianiste ne cause vraiment aucun problème, n’a même pas besoin de secondes pour se concentrer, commence et séduit son public immédiatement. Il fait de la musique grandiose.

Au plus tard dans sa dernière pièce, une interprétation époustouflante de la Sonate “Waldstein”, cela devient clair pour toute la salle qui se fige dans la dévotion. Les premiers battements des huitièmes ne sont pas une rampe de lancement pour la mélodie, mais plutôt une masse organique. Les jolis fragments mélodiques au-dessus sont comme des perles, encore cachés dans leur coquille. Kissin demande l’attention de la salle pour la co-création spirituelle et nous permet en ce moment de participer à ce que c’est que d’être à la fois un prisonnier de Beethoven mais aussi une personne profondément inspiré par lui: Il joue cette Sonate op. 53 incroyablement vite… Une folie, au bord du chaos…

La force de Kissin est la mise en scène musicale du conflit intérieur. Personne n’imite sa capacité à imiter les changements d’humeur et son touche piano à la nanoseconde de cette façon. L’entrée dans l’allegro initial de la “Pathétique” ressemble à une tempête céleste, à mi-chemin, Kissin perd tout fardeau, toute base de basse solide. C’est seulement pour ensuite marteler au plus sauvage et noyer la salle dans des vagues sombres déchaînées par la main gauche étonnamment forte du piano à queue. Brutal.

Ses mains sont collées aux touches, tout est incroyablement dense et serré. La seule chose qui manque, surtout dans les mouvements lents, c’est parfois de l’air et un peu de sensation de liberté.

La clé de Kissin de la prison de Beethoven, dont il semble être en quelque sorte l’interprète, est toujours la romantisation, d’une manière rafraîchissante. Parfois, mais rarement, l’utilisation de la pédale brouille la frottement conflictuelle et est réinterprétée comme mystique, tandis que le rubato, c’est-à-dire le fait d’avancer et retarder dans le temps, est utilisé efficacement aux fractures de la forme.

Le fait que la soirée Kissin avec sonates pour piano soit suivie le lendemain d’un concert disséquant la forme sonate est un exemple de dramaturgie réussie. C’est ainsi que le programme du festival de piano, qui se déroule dans toute la région de la Ruhr, devient très concis. L’endroit où la pianiste japonaise Maki Namekawa se produit est très bien choisi. Comparée à la Philharmonie, la cokerie (die Kokerei) de la Zeche Zollverein à Essen ressemble à un laboratoire, un espace d’expérimentation. Qu’est-ce qui peut suivre Beethoven ?

Mozart ! Mais pas Wolfgang Amadeus Mozart. Namekawa commence sa soirée en robe jaune avec une Sonatina n°3 du Brésilien Mozart Camargo Guarnieri. Pour compléter la confusion, Mozart Guarnieri sonne un peu comme Scarlatti avec une touche de samba minimaliste. Namekawa ne paraît pas prisonnière de la musique, la regarde de l’extérieur et à bonne distance, tout semble bien intentionné et contrôlé. Cela contribue à une œuvre massive de la soirée, la Sonate pour piano d’Alban Berg, composée en 1909. Le seul mouvement contient beaucoup d’histoire musicale, réunit Wagner, Beethoven, Schönberg pour en former une synthèse. Namekawa se livre à des gestes romantiques qui ne font qu’un clin d’œil l’un à l’autre, reconnaît la brutalité des instants individuels et présente la sonate comme un tourbillon vivant avec un final fatidique.

Dans le cas de Kissin la veille à la Philharmonie le destin frappe aux portes que trois fois, d’une manière merveilleusement variée. Outre la sélection de sonates, il joue les variations moins connues: les Variations héroïques en mi bémol majeur op.35, qui contiennent des motifs accentués en trois tons dans la deuxième partie du thème.  Les coups en trois tons de Kissin, et ils se produisent très souvent, n’ont jamais le même son. Ils crient, parlent, affirment quelque chose ou grondent. Parfois la corde de basse gémit, parfois on croit entendre plus que les harmoniques possibles. Et quand le pianiste rate la ligne d’arrivée, c’est comme s’il s’agissait d’un affect et cela ne dérange pas. Au point que l’interprète est amalgamé à la pièce ici.

Mais le moment musical le plus fort a lieu dans la Kokerie. Maki Namekawa dans sa robe de concert noire nous a préparé de manière audible à ce moment. Répètements de Guarnieri, vagues des basses sombres de Berg, un trémolo tremblant de Mendelssohn, tout cela – clairement accentué – a pour but la première sonate pour piano de Philip Glass : une œuvre minimaliste comme culmination logique de soirée en sonates.
La sonate est colorée, sauvage, passionnément agitée. Le premier thème, déjà utilisé par Glasss dans son Troisième Concerto pour piano de 2017, sonne presque comme la section centrale cahoteuse d’un prélude de Rachmaninov; au second mouvement, le thème revient brusquement et retravaillée. Avec ses rythmes opposés, ce mouvement est un excellent exemple de la musique pour piano de Philip Glass, ainsi que de nombreux autres éléments familiers tirés des études du compositeur et de ses œuvres individuelles. Dans cette composition commandée par la Philharmonie de Paris, le Klavierfestival Ruhr et Ars Electronica Linz ils apparaissent pour la première fois dans un tel kaléidoscope déchaîné.

C’est l’œuvre pour piano la plus exigeante de Glass à ce jour, les sauts d’octave virtuoses, en raison de leur succession rapide, sont à la limite de la jouabilité. Namekawa respire cette musique. La pièce est un exemple de la façon dont l’étroite collaboration entre le compositeur et l’interprète peut créer une unité incomparable, comment ils peuvent difficilement atteindre les interprètes du répertoire traditionnel.

Jewgeni Kissin a pu le faire. Chaque simple son en quatre tons de Namekawa est un petit miracle inouï comme celui en trois tons de Kissin dans Beethoven. Il n’est plus nécessaire pour des récitals de piano réussis et des grands talents artistique.

Malte Hemmerich, FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung)

「偉大な芸術性」 2019年第31回ドイツ・ピアノフェスティバル・ルールで開催された滑川真希・ピアノリサイタルの7月6日付フランクフルト新聞掲載の批評(抜粋)

キーシンのコンサートの夕べでピアノソナタが取り上げられた次の晩にソナタ形式を解剖する様なコンサートが開催されるのは、フェスティバル側の演出の良さのいい例えであろう。かくしてこのピアノフェスティバルの演目に深みがもたらされる。
エッセンで日本のピアニスト滑川真希が演奏した会場、世界遺産に登録されているツォルフェアアイン炭鉱、打ち付けのコンクリートとそそり立つ鉄に寄って再建築されたそのコンサートホールは、フィルハーモニーホールと比べてまるで巨大な実験室の如く、このようなコンサートにうってつけの場所である。
滑川はリサイタルをブラジルの作曲家モーツァルト・カマルゴ・グアルニエリのソナチネ第3番で幕開けした。彼女はこの曲の音楽だけに束縛されず、適度な距離から観察し、熟考してそれを操っているように見える。この方法はこの晩の力強いアルバン・ベルクのピアノソナタの演奏に好都合である。滑川は情緒豊かな動きに身をゆだね、また凶暴な瞬間を見て取り、このソナタを生き生きとした音郡と運命的な終末によって表現する。
ピアノフェスティバル・ルールに於ける音楽の力強いクライマックスは、フィルハーモニーホールではなく、ここツォルフェアアイン炭鉱のコンサートホールにて起きた。黒いドレスを身にまとった彼女はこの時を周到に準備していたようだ。グアルニエリでの反復音、ベルクのソナタでの暗黒の低音弦の響き、メンデルスゾーンでの鼓動するトレモロ、その全ての楽曲は明らかに後続する楽曲、滑川の為にフィリップ・グラスが作曲したピアノソナタ第1番、そのミニマルな楽曲こそがこのピアノソナタの夕べの歴然とした頂点・ハイライトである事を暗示していたのである!

ドイツのピアノフェスティバル・ルール、フランスのフィルハーモニー・デ・パリ、そしてオーストリアのアルス・エレクトロニカの共同委嘱作品であり今回世界初演を迎えたこのソナタは、色彩豊かで、ワイルドで、エキサイティングで、飛躍的なエレメントからなるが、作曲家フィリップ・グラス特有のエレメントがこの様に目まぐるしく変化する万華鏡の様に表現されているのは初めてである。

 この曲は演奏不可能に近いオクターブの跳躍の連続などがあり、フィリップ・グラスのピアノ作品の中でも最も難曲に位置するであろう。にもかかわらず、彼女はこの音楽を「呼吸」するように演奏する。作曲家と演奏者がいかに共同して創り上げた楽曲が、歴史上のレパートリーを演奏する際には到達し難い、作品と演奏に於ける比類のない一体感が得られるという例えであろう。

キーシンの演奏するベートーヴェンの三和音のタッチのように、彼女の演奏するどの単純な四和音も、初めて耳にする小さな奇跡のようである。この様な優れたピアノリサイタルとその偉大な芸術性を聴いた後には、他に何も欲することはない。(マルテ・ヘンメリッヒ筆)